Les libéraux mélangent allègrement libéralisme et liberté, comme si c’était la même chose : le point de vue d’un professeur d’économie politique internationale d’une université du Maryland, F. Fukuyama [1], « craquements dans le monde occidental » publié à la Une du Monde du 16 août est une anthologie du genre.
Si je suis cette logique, spiritualité et spiritueux doivent faire partie du même spiritualisme et Cinzano doit être digne de recevoir les prières libérales.
Cet humour un peu “con” est du même niveau que le bourrage de crâne auquel je ne peux pas me soustraire si je veux m’informer et lire un journal.
Je suis triste aussi de voir l’édito de la dernière GR, je l’aime beaucoup cet édito, ce qui me rend triste, c’est que Marie-Louise soit amenée à devoir consacrer deux pages pour rappeler des évidences et des lieux communs, tellement les outils d’information et de réflexion qui ne sont pas payés par la pub ont à ramer à contre-courant pour simplement informer, donner les éléments de base de notre réflexion.
Cette tristesse, bien teintée de colère, me donne envie d’aller un peu plus loin et m’amène à réfléchir sans illusion sur le sous-titre de notre « mensuel de réflexion socio-économique vers la démocratie en économie ». Pour ma part je supprimerais “en économie” pour trois raisons :
• 1. je suis pour la démocratie et pas seulement en économie ; le fait que le terrain privilégié de la GR soit socio-économique est déjà indiqué dans la première partie du sous-titre : « réflexion socio-économique ».
• 2. le fait d’ajouter un élément qui qualifie de quelle démocratie on parle a beaucoup plus de chance de réduire cette démocratie que de l’enrichir : démocratie de proximité, démocratie chrétienne, démocratie libérale, démocratie parlementaire, démocratie populaire… enlèvent souvent du poids à la démocratie tout court, c’est démocratique ou pas démocratique, point.
Cela me rappelle une histoire : j’avais demandé à un apprenti de cintrer un angle à 90° sur un tuyau de cuivre : il revient tout fier avec son tuyau en disant qu’il avait réussi.
— Tu es sûr que tu es à angle droit ? tu as bien 90° ?
— Oh ! oui ! même plus !
C’est un peu pareil : si c’est plus que démocratique, ce n’est plus démocratique. Il en est ainsi pour le principe d’égalité quand certains s’estiment plus égaux que d’autres.
• 3. cela pose le problème : si nous avons un mensuel de réflexion vers la démocratie, cela sous-entend que nous n’avons pas la démocratie et …c’est bien ce que je pense.
D’accord avec ceux qui soutiendront que c’est mieux que si c’était pire, seul argument que j’entends dans l’ensemble des débats qui se veulent politiques. Est-on en démocratie ou non ? Je ne reviendrai pas sur le référendum anti-Le Pen qui nous a tenu lieu d’élection présidentielle mais propose à votre réflexion une citation de mon quotidien d’information et de publicité favori [2] : à propos de Carnac :« l’Etat procède à une enquête publique… 87% des habitants se disent défavorables au projet - mais les réponses ne sont pas assez nombreuses pour être significatives, rétorque-t-on du coté de l’administration ». J’ai déjà entendu quelque chose du même style à propos du référendum en Irlande sur son adhésion à l’Europe quand il n’a pas donné le résultat souhaité.
Est-on en démocratie ? Qu’est-ce que la démocratie ? N’est-il pas intéressant de mener une “réflexion socio-économique vers la démocratie” ?

