A l’attention de Monsieur Denis Jeambar
Monsieur,
Je viens d’avoir tardivement sous les yeux votre éditorial du 17 octobre, qui contient cette révélation terrifiante pour les salariés du privé : « Un fonctionnaire peut espérer de cinq à sept années de vie de plus qu’un salarié du secteur concurrentiel : une donnée qui en dit long sur la pénibilité comparée du travail dans ces deux univers. »
Ce n’est guère valorisant pour le travail en secteur concurrentiel de faire peser une pareille menace sur votre vie.
Retraité de ce secteur défavorisé, je me réjouis dans mon cas particulier d’avoir survécu au-delà de la moyenne, mais je souhaiterais néanmoins comme vous la disparition de cette scandaleuse injustice.
Dans mon esprit, cela devrait passer par une amélioration de ces conditions de travail dans le privé auxquelles vous attribuez des effets mortifères pires que ceux de l’alcool ou du tabac, alors qu’il est malheureusement plus difficile de se passer de travailler. Ce qui m’inquiète dans votre long plaidoyer pour davantage de justice, c’est que vous y dénoncez essentiellement la vie trop belle faite aux fonctionnaires et semblez vouloir aligner en tous points leurs conditions sur celles du privé. Devront-ils renoncer aussi au privilège de vivre beaucoup plus longtemps ?
J’avais autrefois entendu dire que l’égalisation par le bas était propre aux socialismes et autres “utopies” égalitaires, mais je croyais que de telles solutions n’avaient pas cours chez nous aujourd’hui.
Je constate dans l’Express de cette semaine que d’autres lecteurs ont également été surpris et que la dénonciation des avantages des fonctionnaires ne semble pas suffire à déclencher l’enthousiasme des désavantagés. N’est-ce pas d’ailleurs aussi un axiome des classes dirigeantes que ce n’est pas en prenant aux riches que les pauvres se porteront mieux ?
Je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.

