À la fin d’une conférence du D.A.T., un auditeur se leva pour poser une question : « Êtes-vous partisan de l’abondance pour les bestiaux ? » demanda-t-il à la stupéfaction générale.
« Pourquoi pas ? » lui répondit-on. « Elle est possible ; les récoltes le permettent sûrement.
Mais notre interlocuteur n’était pas satisfait. « C’est de moi que je parle, dit-il, je ne veux pas pour moi de l’abondance dans les bestiaux ! »
La salle s’égayait. Une voix dans le fond ironisait : « Quoi vous feriez fi d’un bon picotin et d’un foin bien sec à discrétion ? »
Mais le silence se rétablit pour permettre à l’adversaire de l’abondance pour les bestiaux de formuler sa pensée.
« – Je ne veux pas, dit-il, que des tyrans me distribuent ce dont j’ai besoin et gardent tout le reste pour eux. Voilà ce que j’appelle traiter les hommes comme des bestiaux. »
« – Ce que vous dites n’est pas bien clair, lui répondit-on, car si les tyrans dont vous parlez gardent l’essentiel pour eux et vous distribuent leurs miettes, il est clair qu’il ne s’agit pas du régime de l’abondance. C’est même le régime de la rareté car, même en régime de rareté, quelques uns ont toujours réussi à vivre dans l’abondance en réduisant les autres à la portion congrue. Dans ces conditions, et si vous nous demandez si nous sommes partisans d’un régime de ce genre, nous répondons négativement pour la simple raison que nous réclamons le régime de l’abondance pour tous et non pas pour quelques uns. »
Mais l’interlocuteur n’était pas encore satisfait ; il répliqua :
« – Ces tyrans peuvent m’accorder l’abondance et conserver plus encore pour eux ! »
Cette fois-ci, la salle ne put en entendre davantage, tellement l’idée de la surabondance l’avait mise en gaieté.
Notre interlocuteur était victime de ceux qui parlent et écrivent sans arrêt, estimant que réfléchir, c’est du temps perdu.

